« Je n’ai pas de chance, je suis toujours dans la mauvaise file au supermarché ou sur l’autoroute » : la véritable explication

« Je n’ai pas de chance, je suis toujours dans la mauvaise file au supermarché ou sur l’autoroute » : la véritable explication

   (0)

« Je n’ai pas de chance, je suis toujours dans la mauvaise file au supermarché ou sur l’autoroute » : la véritable explication

 

Nous sommes nombreux à reprendre l’exemple des files dans les embouteillages pour expliquer à nos patients qu’ils ont l’impression d’être toujours dans la mauvaise file, juste parce qu’ils se souviennent plus des mauvaises expériences que des bonnes. Toutefois, ce n’est peut-être pas dans le nombre d’expériences négatives dont on se souvient qu’il faut chercher l’explication, mais dans chacune des expériences qui peuvent être ressenties comme négatives.

 

Commençons par les supermarchés, car c’est plus simple. Bien entendu, les émotions de chacun, comme l’impatience oriente notre attention vers les files qui avancent plus vite que la nôtre, ce qui nous permet de nous plaindre. Or, s’il y a deux files ouvertes, alors il y a déjà une chance sur deux pour que l’autre file avance plus vite que la mienne, avec trois files, quatre files, cinq files, etc,, la probabilité de voir des files avançant plus vite que la mienne est donc de plus en plus importante, et la chance d’être dans la file qui avance le plus vite, de moins en moins importante. Il ne s’agirait donc peut être pas, d’un biais de mémoire qui nous ferait nous souvenir que des expériences négatives, mais d’un biais attentionnel qui nous ferait repérer les files nombreuses qui avancent plus vite que la notre. En fin de compte, nous vivrions effectivement plus d’expériences négatives que d’expériences positives en ce domaine.

 

Pour ce qui est de l’autoroute, le phénomène est plus important encore. Nous pouvons considérer que dans un embouteillage, nous considérerons comme positives les secondes ou nous dépassons des véhicules et négatives celles durant lesquelles nous sommes dépassés. Puis, faisant le total des unes et des autres, nous jugerons du caractère positif ou négatif  l’expérience en générale. Malheureusement pour nous, sur un temps donné, même avec une vitesse générale égale pour tous les véhicules, il y aura plus de secondes négatives que de secondes positives, même si la grande majorité des secondes ne seront ni négatives ni positives.

La raison de cela, est que nous ne faisons le calcul sur les secondes, mais pas sur l’occurrence des dépassements quand nous accélérons. Ainsi, même quand nous allons plus vite que les autres, en une seconde nous pouvons dépasser deux véhicules, mais cela ne compte que pour une seconde, quand nous ralentissons, nous pouvons être dépassé par un seul véhicule, cela comptera toujours que pour une seconde. En fin de compte, dans les embouteillages, nous pouvons considérer avoir passé plus de temps à être dépassé qu’à dépasser nous-mêmes et considérer l’ensemble de l’expérience comme négative.

 

Pour mieux comprendre cela, il est aussi possible de considérer l’exemple d’un cycliste qui part de chez lui et revient chez lui. Sur le chemin il descendra donc autant qu’il montera. Il fera plus d’efforts dans les montées que dans les descentes. Sa vitesse dans les montées sera inférieure à celle dans les descentes. Donc, en fin de compte, si l’on considère que l’activité « normale » est celle qu’il fournit quand il pédale sur terrain plat,  il aura passé logiquement plus de temps à faire des efforts qu’à se laisser aller.

 

Tout compte fait, peut être qu’en réalité, nos méthodes d’appréciations nous font elles-mêmes considérer les événements comme « naturellement » plus souvent négatifs que positifs.

Facebook comments